Didier Amela (Université de Lomé)

Esclaves de Kangni Alem est un roman qui revisite l’esclavage transatlantique, une œuvre référentielle de l’Histoire des esclaves Noirs déportés au Brésil. Il s’agit aussi d’un voyage sur les traces d’hommes et de femmes qui ont vécu « les temps troubles des caravelles voleuses d’âmes et de corps ». Ce roman invite non seulement, à réfléchir sur l’écriture mémorielle, à la mémoire de l’esclavage et de la traite négrière, mais également, à identifier des personnages historiques, figures de l’esclavage, à l’image d’un certain Adandozan, personnage qui, au regard de l’histoire est un tyran, mais qui apparaît sous la plume de l’auteur de Esclaves comme un personnage historique, avant-gardiste et anti- esclavagiste. L’ objectif visé dans cette étude est d’abord de montrer en quoi le texte de Kangni Alem participe à la construction d’une poétique mémorielle de l’esclavage, ensuite, démontrer que la narration du passé relative à l’esclavage des Noirs que raconte cet auteur peut servir d’élément d’identification culturelle des Afro-brésiliens et des Africains, et enfin, en quoi le récit de Kangni Alem déconstruit le mythe séculaire et dépréciatif élaboré autour d’un personnage historique.

One response to “Histoire et mémoire de la traite transatlantique: Monographie de Esclaves de Kangni Alem”

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    Cercle Benveniste Circle

    Le roman Esclaves est une écriture mémorielle qui raconte l’histoire de la traite transatlantique à partir des souvenirs conservés par les sources orales qui méritaient d’être préservée. Lors de sa présentation, Didier Amela explique la relation entre les côtés historique et mémoriel de l’œuvre de Kangni Alem. Il repartit son discours en trois parties – le roman mémoriel, la mémoire de l’esclavage, et les personnages historiques.

    Amela définit le roman mémoriel comme œuvre de fiction qui révèle les moments marquants de l’histoire. La mémoire collective sert à l’information et est transmise par le récit. Il y a un rapport entre l’histoire et la mémoire : d’un côté, la mémoire structure l’histoire et d’un autre, l’histoire crée la mémoire. Au long du roman, la modalité de l’énonciation et la façon de raconter le passé permettent aux lecteurs de distinguer les passages historiques des autres. Le conférencier met ensuite en évidence les éléments historiques de la mémoire de l’esclavage : les références temporelles (les années), les personnages réels, les lettres échangées et les données des navires de transport. Enfin, le présentateur met en lumière les personnages historiques présents dans l’œuvre : une succession de rois. Les vraies histoires ne sont pas toujours conservées. Par exemple, le roi Adamdozon du Royaume Danhomé : « Contrairement au personnage historique, le personnage littéraire que le lecteur découvre dans Esclaves est un souverain légitime caractérisé par ses idéaux avant-gardistes et anti-esclavagistes… Loin d’être l’incarnation de la cruauté, tel que décrit par la tradition, le roi passe, sous la plume de l’écrivain pour un philanthrope ayant combattu pour l’abolition de l’esclavage. » La littérature peut donc également contribuer à établir la vérité.

    La présentation a été suivie par une discussion constructive autour de la mémoire collective, l’utilité des sources orales et la mémoire authentique.

    Recommandation de lecture : Le Vol de l’histoire : comment l’Europe a imposé le récit de son passé au reste du monde, par Jack Goody.

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