Présentateur: Dr. Tomáš Hoskovec (Président, Cercle Linguistique de Prague).

La question cruciale de la linguistique est celle qui suit : Comment se fait-il qu’au sein d’un texte concret le potentiel significatif du système abstrait de langue se concrétise dans un sens particulier unique ? Cette question-là est de par sa nature philologique et, ne craignons pas le mot, herméneutique. Elle exige, de la part des sciences du langage,
outre la reconnaissance du fait que la linguistique relève historiquement de la philologie, la pleine reconnaissance du fait que seuls les textes concrets ont une réalité objective, tandis que tout système de langue n’est par rapport à ceuxci qu’un construit intellectuel à valeur purement explicative. Or la linguistique ne peut pas s’arrêter à la construction
des systèmes de langue : elle doit chercher à comprendre en quoi consiste la nature concrète d’un texte concret, et elle doit chercher à saisir les deux pôles, la langue et les textes, comme un objet spécifiquement un et unique de sa recherche.

Tout système abstrait de langue doit forcément comprendre le lexique et la grammaire, et qui plus est, il doit les comprendre comme un continuum corrélatif ; à quoi s’ajoute la vue du son et de l’écriture comme deux matériaux alternatifs de l’expression linguistique, dont chacun déclenche un comportement langagier particulier.

Tout texte concret est un fait social. Les textes sont produits et reçus pour la seule raison qu’au sein d’un collectif ils rendent possible une communication, voire une communion communément comprises. Ceci n’est possible que grâce à un ensemble, riche et varié, de normes textuelles qui engagent le collectif tout entier.

Les normes textuelles, étant ès qualité normes linguistiques, font partie – et parfois ne sont qu’un aspect – des normes sociales qui, elles, sont toutes des phénomènes culturels et historiques. La linguistique doit savoir affronter ce vaste espace, doit vouloir s’approprier tout ce qui, étant socialement normé, contribue à l’interprétation des
textes : il est naïf de postuler une « pragmatique » à côté et différente de la « sémantique», et il serait néfaste de tenir les inférences logiques ou les connaissances partagées du monde à l’écart du langage.


Tomaš Hoskovec, habilité à diriger des recherches, enseigne à l’Université Masaryk de Brno, Tchéquie, où il a réussi à créer, avec des collaborateurs, un programme philologique complet d’études baltes. Diplômé à la fois en mathématiques et en
linguistique générale et comparée, il est spécialiste du structuralisme européen et il assume actuellement la responsabilité du président du Cercle linguistique de Prague. Promoteur de la « philologie englobante », il travaille notamment sur le lituanien,
et parallèlement, il élabore un projet international intitulé Atlas du structuralisme européen.


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